ESS : Animer un relais de proximité pour accompagner et faire réaliser des projets de création d’activités en Boischaut Sud

ESS : Animer un relais de proximité pour accompagner et faire réaliser des projets de création d’activités en Boischaut Sud

Cette contribution de l’ADAR-Civam (Association de Développement Agricole et Rural)  porte sur « Évolutions écologique, numérique, technologique, comment l’industrie se réinvente en permanence », sur la situation spécifique du territoire du Boischaut Sud.

Un relais de proximité pour accompagner les projets de création d’activités à l’échelle des bassins de vie :

L’ADAR-Civam, à travers sa permanence territoriale basée à la Châtre (accessible 5 jours sur 7), assure un rôle de relais local de PROXIMITÉ qui permet aux porteurs de projets d’être accompagnés dans la phase d’émergence de leur projet (passage de l’idée au projet), de structuration de celui-ci mais également dans le test de l’activité au sein de la couveuse NATIVE du PLES 36. Spécifiquement pour cette phase d’accompagnement en couveuse, il a été jugé pertinent par le PLES36 de disposer d’un relais territorial sur le Pays de la Châtre à travers l’ADAR-Civam (un aller retour La Châtre-Châteauroux mobilise une demi-journée).

Toutefois, les actions de l’ADAR-Civam en matière d’accompagnement recoupent aujourd’hui le territoire du Boischaut sud (qui correspond aux bassins de vie La Châtre et d’Argenton-sur-Creuse). La délimitation de ces bassins de vie entre maintenant dans une réalité pour laquelle l’ADAR-civam est connue. En effet, notre association a su élargir au fil du temps son réseau de « prescripteurs » (antenne Pôle Emploi d’Argenton sur Creuse qui dessert le sud de l’Indre, mairies du Pays La Châtre en Berry et du Pays Val de Creuse Val d’Anglin, structures partenaires du développement économique et de l’insertion, porteurs de projets ayant été soutenus par l’ADAR-Civam, etc.) Dans les faits, cela se traduit donc par l’orientation vers notre structure de personnes originaires de ces deux bassins de vie.

Sur ce territoire rural (en grande partie classé en Zone de Revitalisation Rurale, ZRR) où de nombreux porteurs de projets sont isolés, la possibilité pour eux d’être informés, soutenus et accompagnés par un relais de proximité est un FACTEUR INCITATIF très important pour entreprendre l’aventure que représente la création d’activité. Parmi les personnes accompagnées en couveuse, nombreuses sont celles qui nous confient qu’elles n’auraient pas osé franchir le pas si elles n’avaient pas pu avoir recours au soutien d’une structure leur proposant un accompagnement régulier qui les SÉCURISE dans leur parcours de création.

En outre, l’action délocalisée de l’ADAR-Civam facilite la mise en réseau des créateurs à l’échelle du bassin de vie du Pays de La Châtre (par exemple à travers les rencontres collectives et ateliers de formation destinés aux porteurs de projets). Cette mise en réseau est un élément fondamental car elle permet :

  • De stimuler les porteurs de projet par une dynamique d’entraide;
  • De leur faire gagner du temps parce qu’ils avancent collectivement et non plus de façon isolée tout en partageant des questionnements et des solutions ;
  • De susciter l’émergence d’actions collectives qui ont un effet positif sur la création de lien social et sont structurantes pour l’économie et le maillage du territoire.

Par ailleurs, l’ADAR-Civam informe localement sur les aides mobilisables par les créateurs (prime Cap’solidaire octroyée par la Région Centre Val de Loire, prêts à taux 0% de la cagnotte solidarité emploi à l’échelle du département, etc.) Elle aide également ces derniers à monter leurs dossiers et à les présenter à leurs interlocuteurs.

Public et spécificité de l’approche d’accompagnement de l’ADAR-Civam :

Notre public est composé à 70 % de demandeurs d’emploi et à plus de 50% de femmes, catégories qui cumulent les handicaps pour concrétiser une création d’entreprise (difficulté d’accès au financement, contraintes supplémentaires pour les femmes à concilier vie familiale et vie professionnelle, isolement socio économique des réseaux de création d’entreprise).

Notre approche prend justement en considération ces contraintes et s’y adapte en abordant le projet et la personne dans leur GLOBALITÉ (analyse de la cohérence et de la complémentarité entre projet de vie et projet professionnel). Notre approche tient également compte du facteur HUMAIN et de la COMPLEXITÉ des parcours. Elle permet aux projets ATYPIQUES, qui passent souvent par des trajectoires « non balisées », de voir le jour et d’apporter une plus value, une originalité et un caractère innovant au territoire (par les combinaisons de services qu’ils proposent ou les transversalités qu’ils créent). Notre méthode d’accompagnement à la création de son propre emploi, basée sur deux critères, « agri-ruralité » et « projet complexe » (c’est-à-dire pouvant prendre en compte l’hypothèse de projets se complétant) a fait ses preuves dans la mesure où elle connue et reconnue par les structures partenaires qui orientent vers nous des porteurs de projets.

C’est la spécificité des structures d’Economie Sociale Solidaire (ESS) d’être à l’écoute des projets qui ne rentent pas dans les cadres et schémas classiques d’installation. C’est cette capacité à soutenir les trajectoires qui se veulent différentes et souvent pionnières en termes de conception du lien social et de prise en compte du facteur environnemental qui nous singularise. Notre action incarne aussi la vision d’une économie au service de l’Homme que nous souhaitons contribuer à faire vivre, y compris sur les territoires ruraux comme le nôtre.

Réseau d’appartenance et réseau d’action :

Par ailleurs, à travers son inscription dans le réseau national des CIVAM (Centres d’Initiative pour Valoriser l’Agriculture et le Monde Rural), auquel elle adhère depuis près de 20 ans, l’ADAR-civam fait siennes les valeurs de l’Education populaire.

De part ses actions et ses partenariats au niveau départemental, voire régional, elle s’inscrit en ESS depuis 2002. A ce titre, on pourra rappeler sa participation à différentes initiatives au sein du groupe informel « Partenariat solidaire de l’Indre » (qui rassemble notamment l’ADEARI, le PLES36, le MRJC,
le CRE-SOL…) et plus récemment, en 2015, son adhésion au « Collectif ESS 36 » dont la structuration a été soutenue par la CRESS Centre Val de Loire.

Par ailleurs, l’ADAR-Civam fait partie depuis 2008 du réseau des « Points d’appui à la vie associative » : concrètement, elle propose un appui méthodologique au développement des projets des associations sur le territoire du Pays de La Châtre (chaque année une dizaine d’associations sont soutenues sur des questions administratives, organisationnelles, de développement, etc.)

Pérennité des actions d’accompagnement de l’ADAR-Civam :

Dans le cadre de la réforme territoriale, l’échelon régional se trouve désormais être notre interlocuteur privilégié pour les questions relevant de la compétence ÉCONOMIQUE. A travers la consultation qu’elle organise à l’occasion des Etats Généraux de l’ESS, la Région Centre Val de Loire manifeste sa volonté de mieux prendre en compte les besoins des acteurs de terrain pour le développement de ce secteur, mais également de lever les goulots d’étranglement. C’est l’opportunité pour nous de signaler les difficultés que nous rencontrons pour assurer la continuité de nos actions et d’exprimer nos doléances.

La pérennité du relais territorial de proximité assuré par l’ADAR-Civam pour le PLES 36 et sa couveuse NATIVE se trouve aujourd’hui être menacée car la continuité des financements d’Etat n’est plus assurée (suppression de la ligne de financement d’aide à la création d’activités -budget opérationnel 102- dans le cadre de la programmation CPER 2014-2020). Ce retrait rend plus difficile la mobilisation de financements complémentaires (tels que les fonds européens qui viennent régulièrement en cofinancement de nos actions).

Nous souhaitons que cette situation qui handicape la continuité du service que nous rendons puisse être examinée afin qu’une solution nous permettant de continuer à assurer notre rôle de relais local d’ESS soit trouvée.

Notre vision des besoins et des enjeux pour le développement de l’ESS sur notre territoire :

Nous saisissons également l’opportunité des Etats Généraux de l’ESS pour exprimer nos aspirations, projets et perspectives. Nous souhaitons notamment, à travers notre participation à des initiatives collectives, contribuer à :

  • La construction d’Espaces Tests Agricoles (ETA) pour promouvoir le renouvellement des actifs agricoles, la création d’emplois non-délocalisables, des échanges commerciaux de proximité, des formes nouvelles de travail collectif en agriculture ;
  • La promotion des statuts d’ESS pour la création d’activités (coopératives d’activités et d’emplois, SCIC, etc.) car ces statuts restent peu connus. Nos actions d’information et de sensibilisation nous ont permis de repérer des porteurs de projets souhaitant les adopter et s’inscrire dans des formes de travail collaboratives. Il reste toutefois nécessaire d’investir du temps et des moyens supplémentaires pour poursuivre cette sensibilisation (de façon à mobiliser un nombre suffisant de personnes susceptible de faire « masse critique »), pour accompagner la transition des personnes vers les statuts de l’ESS par un suivi personnalisé répondant aux situations de chacun-e, etc.

Plus largement, en tant qu’association de développement rural, il nous appartient de demeurer de façon permanente en état de veille territoriale pour pouvoir être à l’écoute des besoins, des initiatives portées par les acteurs de notre territoire. Ici, notre rôle consiste à les identifier, à les relayer, à les mettre en réseau, à les appuyer méthodologiquement dans leur structuration.

Enfin, une meilleure information du grand public sur l’ESS reste aujourd’hui un défi important à relever. En tant qu’association de développement rural animant l’échange et la concertation entre les différentes catégories d’acteurs (qui évoluent encore trop souvent dans des logiques cloisonnées), nous avons un rôle à jouer pour la construction d’un sentiment d’appartenance commun au territoire, comme territoire « vécu », territoire « de projet », territoire « de lien et de partage» (qu’il soit économique, social ou solidaire).

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